1,5 million de Français vivent aujourd’hui en établissement pour personnes âgées dépendantes. Derrière ce chiffre, une réalité administrative parfois méconnue : les frais de maison de retraite peuvent, sous conditions, alléger la note fiscale. Mais attention, la mécanique n’a rien d’opaque : le Code général des impôts verrouille les contours du dispositif, écartant les dépenses médicales et réservant l’avantage au seul résident, dans la limite d’un plafond annuel précis.
Le taux de réduction grimpe à 25 % des sommes déboursées, plafonné à 10 000 euros par an. À chaque déclaration, l’administration réclame des justificatifs détaillés pour chaque dépense retenue. Pour les personnes disposant de faibles ressources, d’autres aides spécifiques complètent ce coup de pouce fiscal.
La maison de retraite et la fiscalité : ce qu’il faut savoir
La question fiscale surgit souvent à l’arrivée en maison de retraite, même parmi les acteurs du secteur. Depuis la loi n°2025-1316 du 26 décembre 2025, la direction générale des Finances publiques applique les mêmes barèmes, dans l’attente du prochain texte budgétaire. Un dispositif fiscal spécifique s’adresse à la personne âgée dépendante qui réside en EHPAD : elle peut obtenir une réduction d’impôt de 25 % sur les dépenses de dépendance et d’hébergement, mais dans la limite de 2 500 € par an et par bénéficiaire.
Pour y voir plus clair, voici les conditions qui encadrent cette réduction :
- Seules les dépenses liées à la dépendance et à l’hébergement sont prises en compte ;
- Les dépenses médicales sont exclues ;
- Les aides publiques comme l’APA, l’ASH et les aides au logement doivent être soustraites avant calcul.
Lors de la déclaration de revenus, attention à bien reporter les montants sur l’imprimé 2042RICI, avec tous les justificatifs demandés. Ce mécanisme ne permet pas de remboursement ni de report en cas de réduction supérieure à l’impôt dû. Autre point à connaître : les seniors hébergés dans des établissements non lucratifs peuvent, selon leurs ressources, être exonérés de taxe d’habitation, de taxe foncière ou de redevance audiovisuelle.
Depuis le 8 avril 2024, la solidarité familiale s’allège : les petits-enfants ne sont plus tenus de contribuer à l’obligation alimentaire pour un grand-parent en EHPAD. Les enfants majeurs, eux, restent concernés ; ils peuvent déduire la pension alimentaire, sous réserve de fournir des preuves concrètes. Ce croisement d’aides sociales et de dispositifs fiscaux permet d’anticiper plus sereinement le budget d’un séjour en maison de retraite.
Quels frais d’EHPAD sont réellement déductibles des impôts ?
La déductibilité des impôts pour les frais d’EHPAD cible deux postes bien définis : les frais d’hébergement et les frais de dépendance. C’est sur ces montants, facturés par l’établissement, que s’applique une réduction de 25 % dans la limite de 2 500 € par personne et par an. Les dépenses de soins, elles, sont intégralement prises en charge par l’assurance maladie : elles n’entrent donc pas dans le calcul fiscal.
Avant de calculer la dépense à déclarer, il faut absolument déduire toutes les aides perçues par le résident. L’allocation personnalisée d’autonomie (APA), l’aide sociale à l’hébergement (ASH) et les aides au logement (APL, ALS) doivent être retranchées du montant déclaré. Cette règle évite le cumul entre avantage fiscal et subventions publiques.
Pour mieux comprendre ce qui est retenu, vérifiez la facture annuelle de l’EHPAD : elle détaille la répartition des différents frais. En cas de doute, une attestation spécifique de la direction de l’établissement précisera chaque poste.
- Frais d’hébergement : ils couvrent le logement, l’entretien et les repas.
- Frais de dépendance : ils correspondent à l’accompagnement et à la surveillance adaptés à la perte d’autonomie.
- Aides à déduire : APA, ASH, APL, ALS.
Ne déclarez que le montant final, réellement payé après déduction des aides. C’est ce chiffre qui servira de base au calcul de la réduction par l’administration fiscale. Respecter cette règle protège de tout risque de rectification ou de contrôle.
Réduction d’impôt : conditions à remplir et démarches à effectuer
L’accès à la réduction d’impôt liée aux frais d’EHPAD répond à des critères précis. Seules les personnes âgées dépendantes hébergées en maison de retraite médicalisée (EHPAD) peuvent déclarer ces dépenses : il s’agit des frais d’hébergement et de dépendance, après déduction des aides sociales (APA, APL, ASH), dans la limite de 2 500 € par an et par résident.
La démarche passe par le formulaire 2042RICI : indiquez le montant net en case 7CD, et joignez la facture ou l’attestation de l’EHPAD détaillant les dépenses concernées. La direction générale des Finances publiques vérifie que les plafonds sont respectés et que les aides ont bien été soustraites. En cas d’erreur, une régularisation pourra être demandée.
Le prélèvement à la source ne change pas la règle : la réduction s’impute directement sur l’impôt dû, sans restitution si elle dépasse le montant dû. Dans certains cas, une avance équivalente à 60 % du montant estimé peut être versée en janvier de l’année suivante.
Un point à ne pas confondre : la rubrique « pensions alimentaires » concerne uniquement les frais engagés pour soi-même ou pour l’ascendant à sa charge en EHPAD. Chaque déclaration doit être précise et conforme à la réglementation, notamment les lois du 8 avril 2024 et du 26 décembre 2025.
Explorer les autres aides et ressources pour alléger le coût d’un séjour en EHPAD
Financer un séjour en maison de retraite ne se résume pas à la seule question fiscale. Plusieurs dispositifs complémentaires existent pour soutenir les familles et les personnes âgées.
La pension alimentaire s’impose aux enfants majeurs, conformément à l’article 205 du Code civil, lorsque leurs parents ne peuvent plus faire face à leurs dépenses. Ce soutien peut être fixé à l’amiable ou par décision du juge des affaires familiales, avec un montant adapté à la situation de chaque famille. Depuis la loi du 8 avril 2024, les petits-enfants ne sont plus concernés par cette solidarité envers un grand-parent en EHPAD.
La pension alimentaire versée à un ascendant ouvre droit à une déduction intégrale du revenu imposable, à condition de pouvoir justifier les sommes versées (relevés bancaires, factures de maison de retraite). Le parent qui reçoit cette aide doit la déclarer comme revenu. Lorsque la solidarité familiale et les ressources personnelles ne suffisent plus, le conseil départemental peut intervenir via l’ASH (aide sociale à l’hébergement) pour compléter le financement du séjour.
Il existe aussi, sous conditions de ressources et en cas de résidence dans un établissement non lucratif, des exonérations de taxe d’habitation, de taxe foncière ou de redevance audiovisuelle. Pour ceux qui restent à domicile, le crédit d’impôt pour travaux d’accessibilité (25 % ou 40 % selon la nature des aménagements, jusqu’à 5 000 € ou 10 000 € selon la composition du foyer) et la réduction d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile (50 % des dépenses, plafonné à 12 000 € ou 15 000 € selon les cas) peuvent également offrir un soutien financier.
- Obligation alimentaire : soutien légal des enfants majeurs, à fixer en famille ou par le juge si besoin.
- ASH : intervention du conseil départemental en complément des ressources personnelles et familiales.
- Exonérations fiscales : applicables aux taxes locales et audiovisuelles sous réserve de respecter les plafonds fixés.
- Crédits et réductions d’impôt : cumulables pour financer des travaux d’accessibilité ou rémunérer une aide à domicile.
Comprendre ces aides, les cumuler intelligemment et anticiper chaque démarche, c’est donner du souffle à un projet de vie en établissement. La fiscalité, ici, n’est pas un simple casse-tête : elle devient l’une des clés pour mieux accompagner l’avancée en âge, sans laisser l’inquiétude occuper tout l’espace.


