Créer une maison partagée pour seniors ne se résume pas à choisir un statut ou à afficher un diplôme. À Paris comme à Bagnères-de-Bigorre, le parcours du combattant administratif varie au gré des mairies, des règlements locaux et des exigences des départements. Ce qui est faisable sans entrave dans une commune peut devenir un casse-tête à la ville voisine. Les porteurs de projet avancent donc sur un terrain mouvant, entre libertés offertes et autorisations à décrocher. Les règles changent selon le type d’accueil envisagé, le nombre de résidents, le niveau d’accompagnement. Les aides publiques, elles, existent bel et bien, mais chaque euro est conditionné à des critères précis, parfois restrictifs. Et sur le chemin, les démarches administratives se transforment souvent en parcours d’obstacles, tant leur logique diffère d’un département à l’autre.
Maison partagée pour seniors : un nouveau mode de vie solidaire et rassurant
Derrière les appellations Maison de Vie et de Partage, habitat partagé ou habitat inclusif, s’esquisse une façon de vivre concrète, à la fois humaine et chaleureuse, pensée pour les personnes âgées ou fragilisées. Ici, tout tourne autour d’un principe clair : préserver autonomie et sécurité sans délaisser la qualité du lien social.
Dans ces maisons, chaque résident dispose de son espace privé, mais partage aussi des lieux de vie et des moments collectifs. Chacun apporte sa couleur à la dynamique du groupe. La vie sociale se construit à travers des activités, des repas, des discussions impromptues. On est loin du sentiment d’anonymat ressenti parfois en établissement : l’habitat partagé privilégie la convivialité, l’ouverture et l’ancrage local. L’exemple du béguinage de Nazelles, animé par Béguinage et Compagnie, en donne une illustration concrète.
Ce mode de vie se pose en véritable alternative à l’EHPAD ou à la résidence services senior. Il ne s’agit pas d’une structure médicalisée, mais d’un lieu où l’accompagnement vise à encourager l’initiative, la co-construction et la participation active.
Voici, en pratique, ce que ces lieux proposent :
- Un loyer ajusté aux ressources des habitants
- Un accompagnement personnalisé, adapté à chaque situation
- Une intégration réelle dans la vie locale et le tissu du quartier
L’habitat inclusif encourage le « vivre ensemble » et l’insertion dans la cité. Les projets qui tiennent sur la durée sont ceux qui savent mobiliser les habitants eux-mêmes, moteur d’un équilibre subtil entre confort, sécurité et liberté.
Qui peut ouvrir une maison partagée et à quelles conditions ?
Le modèle de la maison partagée n’est pas réservé à une poignée d’initiés. Plusieurs profils peuvent porter ce type de projet : associations, collectifs d’habitants, fondations, mais aussi bailleurs sociaux ou promoteurs. Leur point commun ? L’envie d’offrir un cadre de vie respectueux, à taille humaine, à des seniors ou à des personnes fragilisées.
La Fondation pour le Logement Social propose par exemple un accompagnement pour la création de maisons de vie et de partage à destination des plus vulnérables. Certains projets émergent sous l’impulsion directe d’habitants ou d’associations locales. D’autres, comme le béguinage de Nazelles, prennent forme grâce à des acteurs spécialisés comme Chenelet, avec Béguinage et Compagnie à l’animation.
Pour se lancer dans un habitat inclusif, plusieurs conditions doivent être réunies : il faut rédiger un projet de vie sociale et partagée, garantir la participation réelle des futurs habitants, s’appuyer sur un animateur-coordinateur compétent et bâtir un modèle économique solide. L’aide d’une collectivité ou d’un bailleur social peut s’avérer décisive, notamment pour faciliter l’accès au foncier ou aux financements.
Le parcours d’Aline Robert, fondatrice de la Maison Bolène, en est un exemple parlant : son projet a vu le jour grâce à l’accompagnement d’Alter’Incub Auvergne Rhône-Alpes, avec Soliha en maître d’ouvrage. Par ailleurs, le réseau HAPA fédère de nombreux porteurs de projets d’habitat partagé accompagné. La réussite d’une maison partagée dépend avant tout de l’engagement des initiateurs et de la qualité des partenariats noués avec les acteurs du territoire.
Les démarches administratives à prévoir pour concrétiser son projet
Concrétiser une maison partagée implique de composer avec un ensemble de démarches administratives parfois complexes. La première étape consiste à se rapprocher de la mairie pour trouver un terrain ou un bâtiment adapté. L’obtention d’un permis de construire s’impose le plus souvent, tout comme le respect strict des normes d’accessibilité et de sécurité.
Le montage du projet suppose aussi de choisir la bonne structure juridique : association, coopérative (SCIC), société civile immobilière (SCI), ou montage en partenariat avec un bailleur social. Chaque option a ses implications et ses exigences.
Le financement mobilise plusieurs interlocuteurs. Il est possible de solliciter les collectivités territoriales pour des subventions, de répondre à un appel à projets de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) (par exemple l’AMI Habitat inclusif), ou encore de solliciter la CAF pour les aides au logement comme l’APL ou l’ALS. Pour les résidents, une aide du conseil départemental (APA ou AVP) peut être attribuée selon le niveau d’autonomie déterminé sur la grille AGGIR.
L’élaboration d’un projet de vie sociale et partagée constitue le cœur du dossier : il s’agit de détailler l’organisation des lieux, l’accompagnement humain, les modalités de participation. Il est recommandé de s’entourer d’un animateur-coordinateur reconnu, et de tisser un partenariat avec les services médico-sociaux comme la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) ou les SSIAD pour garantir un accompagnement adapté. La force du projet se mesure à la solidité des liens noués avec les associations, institutions et partenaires locaux, indispensables pour franchir chaque étape.
Avantages, coûts et pistes pour rejoindre une colocation senior adaptée à vos besoins
Choisir une maison partagée ou une colocation senior, c’est opter pour un quotidien rythmé par la présence et la convivialité, tout en préservant sa liberté. Ce mode d’habitat partagé attire des personnes âgées qui souhaitent maintenir leur indépendance, mais refusent l’isolement du domicile classique. La vie partagée favorise l’entraide, la répartition des tâches et le maintien du lien avec le quartier, des ingrédients clés pour le bien-être et la sécurité.
Sur le plan financier, le loyer reste généralement accessible. Il s’ajuste selon les ressources, grâce à la possibilité de percevoir des aides au logement (APL, ALS), complétées pour certains profils par l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) ou l’aide à la vie partagée (AVP) attribuée par le conseil départemental. Ce soutien allège le coût mensuel et permet de vivre dans un cadre accueillant, pensé pour les besoins du grand âge, avec des espaces privatifs et des lieux de partage propices aux échanges.
Pour rejoindre une colocation adaptée, plusieurs voies existent :
- Contacter un bailleur social comme DOMANYS
- Intégrer un collectif d’habitants accompagné par une association
- S’inscrire sur une plateforme spécialisée dans la colocation intergénérationnelle comme Colette ou Colibree intergénération
La participation active à la vie sociale partagée reste la clé : chacun s’implique à sa mesure, dans un cadre souple et évolutif, loin des modèles figés. Le pari est simple : conjuguer liberté individuelle et liens forts au sein du collectif.
Face au vieillissement, la maison partagée trace une autre voie. Elle redonne du sens au mot « chez soi », et fait rimer grand âge avec choix, entraide et dignité. À chacun d’imaginer, désormais, la forme que prendra son propre projet de vie.


