En Belgique, le montant moyen de la pension légale des femmes reste inférieur de plus de 25 % à celui des hommes. L’écart s’accentue encore chez celles qui n’ont pas exercé d’activité professionnelle ou dont la carrière a été interrompue pour des raisons familiales.
Les règles de calcul excluent certains congés et périodes d’inactivité, malgré des dispositifs correcteurs partiels. Les démarches administratives pour faire valoir des droits spécifiques restent souvent méconnues ou sous-utilisées. Les conséquences financières perdurent sur plusieurs générations.
Pourquoi les femmes perçoivent-elles une pension inférieure en Belgique ?
En Belgique, la réalité frappe sans détour : la pension moyenne versée aux femmes est loin de rivaliser avec celle des hommes. Plusieurs éléments s’additionnent et dévoilent un déséquilibre qui s’accroche, réforme après réforme, au paysage social.
Les pauses professionnelles pour charge de famille, les emplois à temps partiel, souvent choisis par nécessité plus que par envie, réduisent directement le nombre d’années cotisées. Et sans une carrière complète, la pension minimale s’éloigne. Les femmes engrangent ainsi moins de revenus professionnels tout au long de la vie, ce qui pèse lourdement sur le montant de leur pension légale. Si certaines périodes assimilées comme le chômage, la maladie ou les interruptions pour soins sont intégrées au calcul, leur valeur demeure inférieure à celle d’une année travaillée.
La méthode de calcul reste implacable : seules les années cotisées à un niveau suffisant permettent d’espérer une pension digne. Les statuts particuliers, pension de ménage, pension de survie, pension de conjoint divorcé, sont là, mais ne suffisent pas à compenser la faiblesse des droits individuels. Le Service fédéral des Pensions applique aussi une distinction entre taux ménage et taux isolé, ce qui modifie sensiblement le montant final.
Les rapports du Bureau fédéral du Plan ne laissent guère de place au doute : l’écart dépasse 25 %. Une femme sur trois, une fois à la retraite, tombe sous le seuil de pauvreté. Ce constat, année après année, met en lumière un système qui peine à reconnaître la pluralité des parcours féminins et à corriger leurs effets sur la retraite.
Comprendre les droits à la retraite pour une femme sans emploi
Face à une carrière professionnelle interrompue ou absente, la réglementation belge prévoit malgré tout quelques garde-fous. Le système de pension légale concerne tout le monde, mais l’accès et le montant dépendent directement des années validées, des périodes assimilées et du parcours personnel de chacune.
Le calcul de la pension de retraite englobe toutes les périodes d’activité ainsi que certaines périodes d’inactivité reconnues : chômage involontaire, maladie longue, invalidité, congé parental. Ces périodes assimilées sont précieuses, car elles empêchent que des années sans emploi n’effacent tout droit à la retraite. Les femmes ayant interrompu leur travail pour s’occuper d’un proche ou d’enfants peuvent donc voir ces années partiellement comptabilisées. Reste que ces périodes ne valent jamais une carrière complète.
Si la carrière s’avère trop courte, la pension minimale peut s’appliquer, à condition d’avoir validé assez d’années. Pour celles qui atteignent l’âge légal sans pension suffisante, la GRAPA (garantie de revenus aux personnes âgées) fait office de bouée de secours. Côté statut, le Service fédéral des Pensions distingue entre pension de survie et allocation de transition selon l’histoire conjugale ou familiale ; chaque situation ouvre des droits spécifiques.
La vigilance reste de mise pour vérifier que toutes les périodes assimilées sont bien prises en compte au moment du calcul de la pension légale. Un passage par l’ONSS ou l’INASTI permet d’obtenir un relevé détaillé et de faire corriger d’éventuels oublis.
Inégalités de genre : quels impacts concrets sur la pension ?
Dès qu’on sonde la pension légale en Belgique, le prisme des inégalités de genre s’impose. Les chiffres bousculent : la pension moyenne des femmes reste nettement inférieure, l’écart se réduisant à pas comptés.
Le cœur du problème ? Des vies professionnelles souvent interrompues, émaillées de périodes assimilées, chômage, temps partiel, arrêts pour la famille. La carrière complète reste l’exception : moins d’une femme sur deux y parvient, tandis que la précarité rôde. Le Bureau fédéral du Plan rappelle que plus d’un quart des retraitées vivent sous le seuil de pauvreté. Les dispositifs comme la GRAPA ou la pension de survie existent, mais leurs montants peinent à couvrir les frais d’une maison de repos ou la hausse constante des dépenses de santé.
Quelques éléments concrets permettent de cerner les mécanismes qui creusent cet écart :
- Les périodes assimilées (chômage, maladie, soins à un proche) ne sont prises en compte que de façon partielle, ce qui rogne la pension finale.
- Le taux ménage n’est plus la norme, la plupart des femmes touchent une pension individuelle calculée à la baisse.
- La pension complémentaire reste très rare chez les femmes sans emploi, amplifiant le déséquilibre des revenus à la retraite.
Le partage inégal du travail domestique, rarement reconnu dans les droits à la retraite, s’ajoute à la liste des facteurs de fragilité. Résultat : une exposition accrue au risque de pauvreté quand arrive l’âge de la retraite.
Solutions et pistes pour améliorer sa retraite en tant que femme
Il existe plusieurs moyens d’augmenter ses droits à la pension de retraite, même lorsque la vie professionnelle a connu des ruptures. Premier conseil : faites le point sur chaque période assimilée déclarée auprès du Service fédéral des Pensions. Chômage, maladie, interruption pour soins : ces années, parfois oubliées, peuvent peser dans le calcul de la pension légale.
Les solutions d’épargne-pension privée, comme les fonds de pension ou l’assurance-vie, restent ouvertes à toutes, quel que soit le parcours professionnel. Même une petite somme épargnée régulièrement peut constituer un complément appréciable. Plusieurs organisations, notamment les Femmes Prévoyantes Socialistes ou Espace Seniors, proposent des rendez-vous personnalisés pour optimiser sa situation et mieux connaître ses droits à la pension minimum.
Pour celles qui ont travaillé à l’étranger, la totalisation européenne Belgique-France évite de perdre des années pour le calcul de la pension. Les règlements européens de coordination élargissent le champ des droits, en particulier pour les carrières de part et d’autre de la frontière.
L’accès à la pension de survie ou à la GRAPA mérite également d’être exploré de près. Ces dispositifs, sous condition, peuvent faire la différence. Un accompagnement par un conseiller ou une association spécialisée permet de s’y retrouver dans la complexité du système et d’activer les leviers adaptés à sa propre histoire.
Ce paysage, fait de chiffres saillants et d’histoires singulières, rappelle que la retraite n’est jamais une simple équation. Pour beaucoup de femmes, chaque année validée, chaque démarche entreprise, chaque solution trouvée dessine la possibilité d’un avenir moins incertain. La question reste : que faudra-t-il pour que la retraite ne soit plus le reflet d’une vie professionnelle à l’ombre ?


