L’article L.232-19 du Code de l’action sociale et des familles pose un principe sans ambiguïté : les sommes versées au titre de l’APA ne font l’objet d’aucun recouvrement sur la succession. Ni sur le légataire, ni sur le donataire. La maison de famille, qu’elle représente l’essentiel du patrimoine ou une fraction marginale de l’actif successoral, n’y change rien. Le notaire chargé du règlement de la succession n’a pas à intégrer l’APA dans le calcul des droits dus par les héritiers.
La confusion persiste parce que d’autres aides sociales, elles, sont récupérables. Nous recommandons de distinguer clairement trois dispositifs avant toute démarche.
Trop-perçu d’APA après le décès : le vrai risque pour les héritiers
L’APA n’est pas récupérable sur la succession, mais un indu peut naître si le département continue à verser l’allocation après le décès du bénéficiaire. Ce n’est pas une récupération successorale au sens juridique. C’est un remboursement de sommes indûment perçues, fondé sur un titre de créance distinct.
Le mécanisme est simple : tant que le décès n’est pas signalé, le versement automatique se poursuit. Les héritiers reçoivent ensuite une demande de remboursement portant sur les mensualités postérieures à la date du décès. Le montant peut couvrir un ou plusieurs mois selon le délai de signalement.
Signaler le décès au conseil départemental sans délai
La déclaration de décès en mairie ne suffit pas. Le conseil départemental n’est pas automatiquement informé par l’état civil. Nous observons régulièrement des familles qui découvrent un trop-perçu plusieurs mois après les obsèques, simplement parce que personne n’a prévenu le service APA.
- Contacter le service APA du département dans les jours suivant le décès, par courrier recommandé ou via le formulaire dédié du conseil départemental
- Joindre une copie de l’acte de décès pour déclencher la clôture du dossier
- Vérifier les dates de versement sur les relevés bancaires du défunt pour anticiper un éventuel indu
- Si un trop-perçu est constaté, demander un échéancier plutôt que de laisser la créance s’accumuler sans réponse
Le courrier de signalement protège les héritiers. En cas de litige, il prouve la date à laquelle la famille a informé le département.

Maison de famille occupée par le conjoint survivant : aucune récupération de l’APA, mais attention à l’ASH
Quand un parent décède et que le conjoint survivant ou un enfant cohéritier continue d’occuper la maison de famille, la question de la récupération se pose souvent en bloc, toutes aides confondues. Il faut séparer les dispositifs.
L’APA reste non récupérable, même si la maison constitue l’unique actif de la succession. Le département ne peut pas poser de créance sur le bien immobilier au titre de l’APA, qu’il s’agisse d’APA à domicile ou d’APA en établissement.
ASH et ASPA : les aides réellement récupérables sur le patrimoine
L’aide sociale à l’hébergement (ASH) fonctionne comme une avance. Le conseil départemental peut la récupérer sur l’actif net successoral, après déduction des dettes du défunt. Si la maison de famille figure dans la succession, elle entre dans l’assiette de récupération de l’ASH.
L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) est également récupérable, mais uniquement au-delà d’un seuil d’actif net successoral. En dessous de ce seuil, aucune récupération n’est exigée.
- APA : non récupérable sur la succession, quel que soit le montant du patrimoine
- ASH : récupérable sur l’actif net successoral, y compris sur un bien immobilier
- ASPA : récupérable au-delà d’un seuil d’actif net fixé par décret
La confusion entre ces trois aides conduit parfois des familles à renoncer à l’APA par crainte de perdre la maison. Cette crainte est infondée pour l’APA. Elle peut en revanche être légitime pour l’ASH si le parent a bénéficié d’un hébergement financé par l’aide sociale départementale.
APA récupérable sur la succession : ce que le notaire vérifie réellement
Lors du règlement de la succession, le notaire interroge le département pour savoir si des aides sociales récupérables ont été versées au défunt. Cette demande porte sur l’ASH et, dans certains cas, sur l’aide ménagère au titre de l’aide sociale. L’APA n’apparaît pas dans cette créance départementale.
Le notaire n’a pas à la déduire de l’actif, pas à la mentionner dans la déclaration de succession, pas à la signaler au fisc. Les héritiers n’ont aucune obligation de remboursement liée à l’APA perçue par le défunt de son vivant.
Cas particulier : APA et indivision sur la maison de famille
Si la maison reste en indivision entre le conjoint survivant et les enfants, la situation ne modifie en rien le régime de l’APA. L’indivision peut compliquer le partage ou la vente du bien, mais elle n’ouvre aucun droit de récupération au département sur les sommes d’APA versées.
En revanche, si le conjoint survivant demande lui-même l’APA pour ses propres besoins, un nouveau dossier est constitué. Les ressources prises en compte pour le calcul de la participation financière incluent les revenus du conjoint, mais pas la valeur du bien immobilier occupé à titre de résidence principale.

Démarches concrètes pour éviter un litige après le décès
Le risque financier ne vient jamais de la récupération de l’APA elle-même. Il vient d’un défaut de signalement qui crée un trop-perçu, ou d’une confusion avec l’ASH qui retarde les décisions familiales.
Dès le décès constaté, trois actions protègent la famille. Prévenir le service APA du département par courrier recommandé. Vérifier auprès du notaire si le défunt a bénéficié de l’ASH, car c’est cette aide qui peut donner lieu à récupération sur la maison. Enfin, ne pas renoncer à l’APA pour un parent encore en vie par peur d’une récupération qui n’existe pas.
Le droit est clair sur ce point depuis la création de l’APA. L’article L.232-19 du Code de l’action sociale et des familles n’a jamais été modifié sur ce principe. La maison de famille reste en dehors du périmètre de récupération, que le bénéficiaire ait perçu l’APA à domicile ou en établissement.

