L’entretien des dents reste l’un des gestes de santé les plus simples à mettre en œuvre, et pourtant l’un des plus souvent négligés une fois la routine du quotidien installée, jusqu’à ce qu’une douleur impose de s’en préoccuper dans l’urgence.
Des négligences qui finissent par se payer
Une carie non traitée ou une inflammation des gencives laissée de côté peuvent évoluer, en l’absence de prise en charge, vers une infection plus sérieuse. Un abcès dentaire en constitue souvent l’aboutissement, avec une douleur qui impose alors une consultation en urgence, là où un suivi régulier aurait permis de traiter le problème bien plus tôt et plus simplement.
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Le brossage, premier geste de prévention encore mal respecté
Avant même la fréquence des visites chez le dentiste, l’hygiène quotidienne reste le premier rempart contre les caries et les maladies des gencives. L’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire recommande un brossage de deux minutes, deux fois par jour, complété par l’usage quotidien du fil dentaire, comme mesure de prévention la plus efficace. Or plus d’un quart des Français, soit 26 % d’entre eux, ne se brossent pas les dents au moins deux fois par jour selon la durée recommandée. Cet écart entre la recommandation et la pratique réelle explique en partie pourquoi les consultations d’urgence, comme celles motivées par un abcès dentaire, restent fréquentes malgré la simplicité du geste préventif.
Une fréquence de consultation qui dépend surtout du profil
La règle des six mois, longtemps présentée comme universelle, a laissé place à une approche plus individualisée. L’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire a révisé ses recommandations dès 2013 : une visite annuelle est désormais préconisée pour les adultes en bonne santé sans facteur de risque particulier, le praticien pouvant ajuster cette fréquence selon le profil de chaque patient. Cette fréquence reste toutefois resserrée pour certains publics : les enfants, dont le développement dentaire est constant, restent suivis tous les six mois, tout comme les personnes de plus de 65 ans, davantage exposées à la sécheresse buccale liée aux traitements médicamenteux. Les fumeurs et les personnes diabétiques, dont le lien entre glycémie et parodontite est documenté, relèvent d’un suivi tous les trois à six mois plutôt que d’un rythme annuel.
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Ce que confirme la recherche sur l’espacement des visites
Cette évolution des recommandations s’appuie sur des données scientifiques solides. L’étude INTERVAL, publiée en 2021 et menée sur 2 372 participants pendant quatre ans dans 51 cabinets dentaires britanniques, n’a trouvé aucune différence significative dans la santé bucco-dentaire entre des visites semestrielles, annuelles ou espacées selon le risque individuel.
Une revue de la Cochrane Collaboration, publiée en 2020 et confirmée en 2025, apporte des preuves de certitude modérée à élevée qu’il existe peu ou pas de différence entre ces différentes fréquences chez les adultes en bonne santé. Ces résultats justifient qu’un adulte sans facteur de risque particulier ne culpabilise pas de consulter une fois par an plutôt que deux, tant que ce rythme reste respecté.
Le programme M’T Dents, un dépistage gratuit sous-utilisé
En France, le programme M’T Dents propose depuis avril 2025 des examens bucco-dentaires annuels gratuits pour les 3 à 24 ans, avec des rendez-vous clés aux âges de 6, 9, 12, 15 et 18 ans, pris en charge sans avance de frais. Ce dispositif a également été étendu aux femmes enceintes, l’examen pouvant désormais être réalisé du 4e au 6e mois de grossesse depuis février 2024, une période où les modifications hormonales augmentent le risque de gingivite gravidique.
Ce type de dispositif reste pourtant sous-utilisé par une partie du public auquel il s’adresse, alors qu’il ne coûte rien à mobiliser et qu’il suffit généralement de solliciter son dentiste ou sa caisse d’assurance maladie pour en bénéficier.
Un renoncement aux soins qui reste marqué par les inégalités
En 2021, 9,1 % des personnes de 16 ans et plus ont renoncé à des soins dentaires en France, dont 4,3 % pour des raisons financières, selon les données de la DREES. Cet écart se creuse fortement selon le niveau de revenu : 8,2 % des personnes appartenant aux 20 % des ménages les plus modestes déclarent avoir renoncé à des soins dentaires pour raisons financières, contre 1,2 % parmi les 20 % les plus aisés.
Ces chiffres rappellent qu’au-delà des bonnes habitudes individuelles, l’accès régulier aux soins dentaires reste inégal, et que le renoncement, souvent motivé par le coût ou l’appréhension, se traduit tôt ou tard par des complications plus lourdes et plus coûteuses à traiter, qu’il s’agisse d’un abcès nécessitant une prise en charge en urgence ou d’une extraction qui aurait pu être évitée par un soin plus précoce.

