Acheter une chambre en EHPAD soulève une question fiscale que beaucoup d’investisseurs tranchent trop vite : neuf en VEFA ou ancien sur le marché secondaire. Les deux formules relèvent du statut LMNP, mais leurs conséquences sur la TVA, l’amortissement et la plus-value à la revente divergent nettement, surtout depuis la loi de finances 2025.
TVA sur l’achat d’une chambre en EHPAD : deux mécanismes selon le type de bien
L’acquisition d’un EHPAD neuf en VEFA se réalise hors taxes. L’investisseur règle la TVA au taux normal, qu’il récupère ensuite auprès de l’administration fiscale. Cette récupération suppose que le bien soit exploité au sein d’une résidence de services proposant des prestations para-hôtelières.
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Cette TVA reste acquise à condition que le bien demeure dans le circuit locatif géré pendant vingt ans. Une revente avant ce terme déclenche une régularisation par vingtièmes : chaque année manquante impose le remboursement d’un vingtième de la TVA initialement récupérée.
Pour une chambre EHPAD d’occasion, le fonctionnement est différent. Le prix affiché intègre déjà la TVA, et l’acquéreur n’a rien à récupérer. Le vendeur, de son côté, peut devoir reverser la fraction de TVA correspondant aux années restantes sur la période de vingt ans. Ce mécanisme influe directement sur la négociation du prix entre les deux parties.
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Amortissement LMNP en EHPAD : base de calcul et différences concrètes
Le régime réel du statut LMNP autorise l’amortissement du prix d’acquisition, hors terrain, sur plusieurs décennies. Pour un EHPAD neuf, la base amortissable correspond au prix HT puisque la TVA a été récupérée. Pour un EHPAD ancien, c’est le prix TTC qui sert de référence, la TVA n’ayant pas fait l’objet d’une déduction.
L’écart paraît technique. Son effet est pourtant tangible. L’amortissement annuel produit une charge comptable qui réduit, parfois jusqu’à zéro, l’imposition sur les loyers perçus au titre des BIC. Les loyers d’un EHPAD en LMNP réel peuvent être fiscalement neutralisés pendant de nombreuses années, que le bien ait été acquis neuf ou ancien.
C’est au moment de la revente que les conséquences divergent, et la réforme de 2025 modifie sensiblement le calcul.
Plus-value à la revente d’un EHPAD : ce que change la loi de finances 2025
La loi de finances 2025 a créé un mécanisme de réintégration des amortissements LMNP dans le calcul de la plus-value applicable à la plupart des locations meublées. Pour un logement meublé classique revendu après le 15 février 2025, la plus-value brute se calcule en retranchant du prix de vente non pas le prix d’achat initial, mais ce prix diminué des amortissements déduits. Le montant taxable augmente mécaniquement.
Les EHPAD et résidences seniors gérées échappent à cette réintégration. L’exclusion vaut aussi bien pour le neuf que pour l’ancien.
Pour un investisseur qui met les deux options en regard, cette exclusion place l’EHPAD dans une position plus favorable à la revente qu’un meublé classique. En revanche, elle ne crée aucune différence entre un EHPAD ancien et un EHPAD neuf sur ce point précis.
L’écart fiscal réel à la revente
La distinction entre ancien et neuf à la revente se joue sur un autre terrain : la régularisation de TVA. Celui qui revend un EHPAD neuf avant la fin du délai de vingt ans devra restituer une partie de la TVA récupérée. Celui qui a acheté en ancien n’a jamais bénéficié de cette récupération et n’a rien à rembourser. Revendre un EHPAD ancien avant vingt ans ne déclenche aucune régularisation de TVA, ce qui rend la sortie plus simple.

Bail commercial et rendement locatif : un paramètre trop souvent secondaire dans l’analyse fiscale
Le rendement affiché d’un EHPAD neuf en VEFA se calcule sur le prix HT, la TVA étant récupérable. Pour un EHPAD ancien, le calcul porte sur le prix TTC effectivement payé. À loyer égal, le rendement facial du programme neuf apparaît donc plus élevé.
Cet affichage avantageux occulte un paramètre déterminant : la durée résiduelle du bail commercial. Sur un EHPAD ancien, le bail est déjà engagé. Selon le nombre d’années restantes, la visibilité sur les loyers varie fortement. Quelques points à examiner avant de signer :
- La durée résiduelle du bail avec l’exploitant, idéalement supérieure à cinq ans, afin d’éviter un renouvellement incertain à court terme
- La solidité financière du gestionnaire, dans un contexte de rachats et de fusions entre groupes d’EHPAD ces dernières années
- Les modalités de revalorisation du loyer inscrites au bail (indexation, plafonnement, clause de renégociation)
- L’état du bâtiment et les éventuels appels de fonds pour travaux, dont le traitement comptable diffère de celui du prix d’acquisition
Sur un programme neuf en VEFA, le bail démarre à la livraison. L’investisseur bénéficie de la durée complète du contrat (généralement entre 9 et 12 ans), mais ne percevra ses premiers loyers qu’après la mise en exploitation effective. Le décalage entre l’achat en VEFA et le premier loyer peut atteindre plusieurs mois, voire plus d’un an selon l’avancement du chantier.
Censi-Bouvard et EHPAD neuf : un dispositif expiré qui persiste dans les discours
De nombreux contenus en ligne évoquent encore le dispositif Censi-Bouvard, qui proposait une réduction d’impôt calculée sur le prix HT d’un logement meublé neuf en résidence gérée. Ce mécanisme ne s’applique plus aux acquisitions récentes. Le dispositif Censi-Bouvard a pris fin et ne concerne plus les nouveaux investissements en EHPAD.
Un investisseur qui acquiert aujourd’hui un EHPAD neuf en VEFA ne peut compter que sur le statut LMNP au réel, avec l’amortissement et la déduction des charges, ou, dans des cas très spécifiques, sur le statut LMP si les seuils de revenus locatifs sont atteints. La distinction entre ancien et neuf, du point de vue de la réduction d’impôt directe, a perdu l’essentiel de sa portée depuis l’extinction du Censi-Bouvard.
Le choix entre EHPAD ancien et neuf en VEFA repose aujourd’hui sur un arbitrage entre récupération de TVA (assortie d’un engagement de vingt ans) et simplicité fiscale à la revente. L’exclusion de la réintégration des amortissements, confirmée par la loi de finances 2025, protège les deux formules face au reste du marché LMNP. La qualité du gestionnaire et la solidité du bail commercial pèsent au moins autant que le régime fiscal dans la rentabilité réelle de l’opération.

